Le Forum : une aventure et ses acteurs

Le Forum de Bamako  a une histoire qui est, comme souvent, une histoire d’amitié et de persévérance. La persévérance tout d’abord : celle d’un chef d’entreprise malien rentré dans son pays avec l’envie de « faire bouger les choses » ; et doté du tempérament qui va avec cette belle résolution...

Lorsqu’il initie la première édition du Forum, Abdoullah Coulibaly est à la tête d’une structure d’enseignement privé malienne, l’Institut des hautes études en management. L’IHEM vise à former des cadres de haut niveau et des gestionnaires formés selon les standards occidentaux. L’amélioration et la mobilisation des « ressources humaines » en Afrique est alors son obsession et son credo, et c’est le thème du premier exercice de débat, consacré en 2001 à « la réhabilitation du capital humain et du savoir ».

La physionomie du Forum se met en place, associant pour des échanges de points de vue et d’expériences des personnalités venues d’horizons très divers. Se retrouveront désormais au Forum des universitaires, des chefs d’entreprise, des représentants d’institutions de développement, mais aussi des acteurs politiques et de la société civile, des journalistes, le cas échéant des artistes. L’éclectisme est aussi géographique : les participants sont du Mali comme des autres pays africains, et ils viennent d’Europe ou d’Amérique. Une originalité de ces rencontres est sans doute dans cette approche Sud-Nord qui privilégie la mixité. Acquis à l’idée du « métissage des compétences », le promoteur du Forum entend en effet jouer l’ouverture la plus large. Il y est aidé par quelques fidèles acteurs de la manifestation.
 
Un réseau efficace 
 
L’amitié et ses alchimies : elle aura fait le succès du Forum de Bamako. Ceux qui sont venus une fois au Forum reviennent les années suivantes, séduits par la qualité des débats et par leur écho, ainsi que par le climat convivial des réunions. De son côté Abdoullah Coulibaly a un carnet d’adresses digne d’admiration, et il fédère autour de lui des personnalités qui mettent à leur tour en action leur réseau. Les échanges se multiplient, les autorités maliennes montrent leur intérêt, les bailleurs de fonds se mobilisent. Tous découvrent et appuient le rendez-vous de Bamako, et sa singularité  lui vaut bientôt le qualificatif de « petit » Davos africain, où décideurs et intellectuels viennent se frotter les uns aux autres.
 
La réflexion y occupe une part essentielle, mais le souci d’action y est présent. Ainsi est né le projet d’une Fondation du Forum de Bamako*, conçue pour pérenniser les engagements du Forum et mobiliser cette expertise africaine-européenne qui reste trop souvent éclatée, alors qu’elle serait apte à formuler des propositions concrètes de stratégie à l’adresse des dirigeants politiques.
 
T.P.
 
* La Fondation du Forum de Bamako, créée en 2007, est présidée par l’actuel Premier ministre du Mali, Modibo Sidibé.